"Je prends ma dose de poudre et je prise. C'est amer et irritant; au début, c'est tout ce que je ressens. Je réprime une envie de vomir et recrache une partie du truc. Et puis ça vient très vite.(...) Je suis horriblement fatiguée, et c'est le pied. Tous mes emmerdements se sont envolés d'un seul coup.(...) Je ne me suis jamais sentie aussi en forme.
Nous sommes le 18 avril 1976, un mois avant mon quatorzième anniversaire. Je n'oublierai jamais cette date."
"Un autre fixer est venu se piquer dans les W-C. Un type complétement vidé; au dernier stade de la déchéance. Je lui demande de me prêter ses ustensiles. Il accepte. Mais, brusquement, ça me répugne affreusement de m'enfoncer cette aiguille dans la veine.(...)Je suis obligée de demander au type de m'aider.(...) Il me dit que c'est dégueulasse mais attrape la seringue (...) et m'injecte toute la dose."
"Un toxico en manque, c'est tellement annihilé que ça n'ose même pas vous contredire.Il m'est arrivé d'assouvir sur eux mes appétits de puissance. Quand on sait s'y prendre on peut les démolir complètement. Il suffit de taper au bon endroit, de retourner patiemment le fer dans la plaie, et ils s'écroulent. Quand on est en manque, on est assez lucide pour ce rendre compte qu'on est une loque. La façade cool s'est écroulée, on ne se juge plus au-dessus de tout et de tous."
